Quand l’État vacille face à ses propres ombres.

Ce lundi, devant la Cour d’appel de Port-au-Prince, une scène lourde de sens s’est jouée pour la République. Magalie Habitant, Victor Profane et Elionor Devallon ont comparu, rattrapés par des accusations d’une gravité extrême : avoir soutenu, sous diverses formes, des réseaux criminels qui ensanglantent le pays.
Au-delà des noms, c’est toute une époque qui est appelée à rendre des comptes. Car si les faits sont avérés, ils confirment ce que beaucoup redoutent depuis des années : une porosité dangereuse entre certaines sphères du pouvoir et les groupes armés. Logistique, financement, facilitation opérationnelle autant de leviers qui, entre de mauvaises mains, transforment l’État en complice de sa propre déstabilisation.
Cette affaire surgit dans un moment critique pour Haïti, où la lutte contre les gangs est devenue une question de survie nationale. Chaque enlèvement, chaque quartier perdu, chaque famille déplacée rappelle l’urgence d’un sursaut. Mais comment restaurer l’autorité de l’État si ceux qui ont juré de le servir sont soupçonnés d’avoir nourri le chaos ?
La comparution de ces anciens responsables ne doit pas être un simple épisode judiciaire. Elle doit marquer un tournant. La justice haïtienne est aujourd’hui face à une épreuve historique : démontrer qu’aucun statut, aucune proximité politique, aucune influence ne peut placer un individu au-dessus de la loi.
Le peuple haïtien observe. Il attend plus qu’un procès il exige la vérité, la transparence et des sanctions à la hauteur des crimes reprochés, si ceux-ci sont établis. Car l’impunité, plus que les armes, est le carburant principal de l’insécurité.
Si la justice va au bout de ce dossier, elle enverra un message clair : l’État ne sera plus infiltré sans conséquence. Dans le cas contraire, c’est la crédibilité même des institutions qui continuera de s’effondrer.
L’heure n’est plus aux demi-mesures. Elle est à la rupture.
William Evens Josma
Citoyen engagé